Opportunités et défis pour les entreprises de construction de taille moyenne et grande sur le marché des marchés publics en Belgique

Le secteur de la construction en Belgique une transformation profonde qui, depuis 2021, s’est traduite par des chiffres d’affaires peu propices à l’euphorie ni aux festivités. Une demande en baisse, des marges qui se réduisent et l’augmentation du nombre de faillites ont au contraire mis le secteur à rude épreuve. Après quatre années difficiles, avec un creux douloureux en 2024, une amélioration est enfin en vue. Et c’est largement dû aux énormes défis sociétaux. Le changement climatique, la transition mondiale vers l’énergie verte, le vieillissement de la population et la mise en œuvre du bouwshift flamand sont à l’origine des investissements nécessaires et de l’espoir fondé d’une courbe de croissance qui repart à la hausse.

Bien que le secteur de la construction soit traditionnellement considéré comme un moteur de l’économie, cette position a été de plus en plus mise sous pression ces dernières années. Ce qui a commencé comme une répercussion de la pandémie de COVID‑19 est devenu une crise structurelle, avec des effets sur l’emploi, la volonté d’investir et les perspectives d’avenir. La crise dépasse un simple ralentissement conjoncturel : elle reflète un secteur en transition. Les exigences en matière de durabilité, la digitalisation, la pénurie sur le marché du travail et le vieillissement obligent les entreprises à des adaptations fondamentales. Il est toutefois important de nuancer : tous les segments ne sont pas touchés dans la même mesure.

Retour sur 2024

Les coups les plus durs ont été portés à la construction de logements neufs. En raison de la hausse des taux d’intérêt et du durcissement des conditions de crédit, il est devenu plus difficile pour de nombreux ménages d’obtenir un prêt. Parallèlement, les coûts de construction ont fortement augmenté en raison de la pénurie de matériaux, de la hausse des coûts salariaux et de l’inflation. En Flandre, le nombre de permis de construire pour les maisons individuelles a chuté de plus de 30 % entre 2021 et 2024. Le nombre réel de chantiers résidentiels a diminué de 6,8 % l’année dernière. Les promoteurs reportent ou revoient également leurs projets, par crainte d’une surabondance sur un marché en ralentissement. La construction de maisons individuelles a été particulièrement touchée, tandis que le marché des appartements est resté un peu plus stable.

Parallèlement, le marché de la rénovation a progressé de 10,2 %, stimulé par les rénovations légalement obligatoires lors de l’achat de logements énergivores (label EPC E ou inférieur) et les mesures gouvernementales attractives destinées à soutenir financièrement les citoyens. Cependant, les problèmes se sont également révélés plus clairement. L’augmentation du coût des travaux, les longs délais d’attente et la pénurie de professionnels spécialisés provoquent des frustrations tant chez les clients que chez les entrepreneurs. En outre, les charges administratives et l’incertitude concernant la réglementation pèsent sur les petits entrepreneurs.

Le secteur public constitue traditionnellement un facteur stabilisateur. Les investissements dans le rail, la sécurité hydraulique et la mobilité ont entraîné une augmentation de 4,1 % de l’activité de construction civile depuis 2023. Toutefois, ce sous‑secteur se heurte aujourd’hui à ses propres défis. Les grands projets d’infrastructure (tels qu’Oosterweel ou les transports publics) assurent une certaine continuité pour les grands acteurs, mais les petits entrepreneurs remarquent encore trop peu ces investissements. Les autorités locales sont confrontées à une augmentation des coûts due notamment au vieillissement de la population et à des procédures lentes, ce qui entraîne le report ou la révision des travaux prévus. Les investissements publics sont donc là, mais leur transfert vers le secteur dans son ensemble se fait difficilement.

Nous avons récemment vu le centre de gravité du secteur se déplacer de la construction neuve vers la rénovation et l’infrastructure. Ce mouvement devrait, selon la plupart des prévisions, s’accompagner d’une augmentation de l’activité dans les années à venir, tant dans le secteur public que privé. Certains envisagent une croissance annuelle moyenne comprise entre 2,6 % et 3,2 % entre 2025 et 2029. Il existe effectivement suffisamment de raisons de croire que les perspectives à long terme deviennent plus favorables.

Tendances socio‑économiques

Notre pays se trouve à un carrefour de transitions structurelles. Le changement climatique, le vieillissement, l’urbanisation, l’innovation technologique et les incertitudes internationales rendent les décennies à venir particulièrement déterminantes pour notre résilience économique et sociétale. Trois domaines attirent l’attention : rendre nos logements énergétiquement efficaces, garantir un logement abordable et de qualité, et réparer et repenser notre infrastructure.

Rénovation énergétique : une accélération nécessaire mais difficile

La Belgique possède un parc immobilier vieilli et énergivore. Plus de 80 % des bâtiments ont été construits avant 1980, souvent sans isolation adéquate. Cela se traduit par des factures d’énergie élevées et une vulnérabilité aux fluctuations de prix. La Flandre, Bruxelles et la Wallonie ont toutes des plans ambitieux pour rendre ce parc plus durable, mais l’exécution est plus lente que nécessaire.

En Flandre, une obligation de rénovation est en vigueur depuis 2023 : l’acheteur d’une habitation portant un label EPC E ou F doit la porter au moins au niveau D dans les cinq ans. Bruxelles et la Wallonie élaborent également des plans d’action vers 2050 en vue d’un secteur du bâtiment neutre en carbone. Ces obligations doivent stimuler la demande de rénovation, mais se heurtent à divers obstacles. Des rénovations lourdes ne vont pas de soi pour les revenus faibles ou moyens. Les primes et prêts énergie peuvent aider, mais sont aujourd’hui souvent fragmentés et insuffisamment connus. Un second point de friction est la capacité d’exécution. Le secteur de la construction souffre d’une pénurie structurelle de travailleurs qualifiés, en particulier pour les applications spécialisées telles que les pompes à chaleur, l’isolation des toits ou la ventilation. Mais des obstacles administratifs et techniques freinent également l’enthousiasme pour la rénovation. Les propriétaires sont confrontés à des procédures complexes, à des trajectoires d’autorisation interminables ou à une incertitude sur les normes.

La société civile met en garde contre le risque que la vague de rénovation énergétique accroisse encore les inégalités sur le marché du logement. Les propriétaires disposant de ressources suffisantes moderniseront leur logement et pourront ensuite bénéficier de coûts énergétiques réduits et d’une valorisation. Les locataires ou propriétaires vulnérables sans capital risquent de rester dans des logements mal isolés. Sans garanties sociales supplémentaires – comme des obligations de rénovation pour les propriétaires, des primes de rénovation sociale ou une régulation des loyers liée à la performance énergétique – la politique risque de perdre son soutien social.

Pénurie de logements : marché tendu, prix élevés et dilemmes spatiaux

La crise du logement n’est pas un phénomène nouveau, mais depuis le doublement des taux d’intérêt en 2022‑2023, elle est de plus en plus considérée comme un facteur accélérateur d’autres problèmes sociaux. Une combinaison de coûts de construction en hausse, de taux d’intérêt plus élevés, de disponibilité limitée des terrains et de croissance démographique met le marché du logement sous pression. Les jeunes familles, les célibataires et les groupes à faibles revenus éprouvent particulièrement des difficultés à se loger à un prix abordable.

En Flandre, plus de 180 000 familles figurent sur la liste d’attente pour un logement social. À Bruxelles, un ménage sur quatre dépend du logement social, alors que seulement 8 % de l’offre de logements est effectivement sociale. Dans le même temps, le secteur locatif privé est particulièrement tendu et souvent trop cher. Dans des villes comme Anvers ou Gand, les loyers moyens dépassent largement 900 euros par mois.

Parallèlement, en raison de l’adaptation au climat, de la biodiversité et de la mobilité, les décideurs politiques optent pour le bouwshift (stop au béton) : limiter l’occupation supplémentaire de l’espace et stimuler la densification des centres. Un tiers de la Flandre est occupé par notamment des habitations, des activités industrielles et commerciales, des infrastructures de transport et des usages récréatifs, alors que la moyenne européenne pour cette occupation de l’espace est de seulement 5 %. Concrètement, cela signifie qu’il faut construire moins en espace ouvert et que les nouveaux projets résidentiels doivent surtout être réalisés dans les villes ou les centres des villages. Cette approche est écologiquement responsable et nécessaire, mais elle exige, outre une refonte fondamentale du modèle d’habitat – passant de la maison individuelle à des formes de logement compactes, collectives ou verticales – une réflexion sur les conséquences urbanistiques. Le grand défi sera de densifier de manière abordable et de qualité, en tenant compte de la qualité de vie, du mélange social et des équipements nécessaires. Cela requiert une politique foncière active, une direction communale et une collaboration intensive avec des promoteurs privés et coopératifs. De nouvelles formes d’habitat – comme le cohabitat, les modèles d’emphytéose ou le développement dirigé du marché locatif – peuvent y jouer un rôle.

À l’avenir, l’attention se portera donc de plus en plus sur la construction d’appartements et de logements collectifs dans les centres et sur le développement de brownfields par des promoteurs immobiliers. Dans la construction industrielle et logistique, les opportunités de croissance sont portées par l’e‑commerce (entrepôts), la relocalisation de sites de production et les besoins de nouvelles industries vertes, telles que des usines de batteries, de production d’hydrogène et des installations de recyclage. Les entreprises privées investissent également dans des projets d’énergie renouvelable de grande envergure et l’infrastructure correspondante sur leurs propres sites.

Investissements dans les infrastructures : rétablir les bases

La Belgique a pendant des années trop peu investi dans les infrastructures publiques. Tant le réseau routier que le ferroviaire, l’infrastructure énergétique, les écoles et les hôpitaux sont à de nombreux endroits vieillissants ou insuffisamment adaptés aux défis de demain. Selon la Banque européenne d’investissement, la Belgique fait partie des pays ayant le déficit d’infrastructures le plus important en pourcentage du PIB.

Cela se traduit notamment par des embouteillages quotidiens et une pression sur le système de mobilité. Au lieu de seulement investir dans des infrastructures routières supplémentaires, l’accent se porte de plus en plus clairement sur la mobilité durable : l’expansion et la modernisation du rail, les investissements dans les réseaux de tram et de bus, des infrastructures cyclables sûres et le développement de carrefours.

L’électrification de la mobilité et du chauffage impose de nouvelles exigences au réseau énergétique. L’infrastructure à haute tension doit être étendue, l’infrastructure de recharge doit être déployée et des capacités de stockage doivent être développées. Dans le même temps, l’adaptation au climat nécessite des investissements dans les réseaux d’égouts et de gestion de l’eau, les digues, les réseaux verts et l’aménagement des villes résistant à la chaleur. Dans de nombreuses communes, la capacité technique et l’espace financier manquent cependant pour anticiper stratégiquement ces enjeux.

Dans le domaine des soins et de l’enseignement, nous avons également pris du retard. Les écoles et les institutions de soins doivent non seulement être rénovées, mais aussi adaptées aux besoins en évolution. Le vieillissement et l’augmentation de la demande de soins qui l’accompagne nécessitent une infrastructure de logement et de soins adaptée, tandis que la digitalisation et les expériences de pandémie imposent de nouvelles exigences aux écoles et, par extension, aux bâtiments publics. Cela ouvre des opportunités pour des partenariats public‑privé, mais comporte également des risques de fragmentation et de manque de contrôle démocratique.

Des façons de construire plus intelligentes

Outre les opportunités intrinsèquement liées aux défis sociétaux en matière de démographie, de climat et d’environnement, la reconsidération profonde des processus et méthodes de construction dans le secteur est aussi un moteur de croissance. L’intégration de techniques innovantes offre au secteur une énorme opportunité d’améliorer drastiquement la productivité, la durabilité, l’efficacité et l’attractivité.

La digitalisation est ici un moteur crucial. L’implémentation du Building Information Modeling (BIM), par exemple, permet à toutes les parties impliquées dans le processus de construction de collaborer dans un modèle numérique commun. Cela réduit les erreurs et les incompréhensions sur le chantier, accélère les processus et optimise les plannings. C’est une technologie qui va de pair avec une autre tendance du secteur de la construction : travailler en équipe de construction, où autant que possible les partenaires cruciaux collaborent dès une étape de conception très précoce. En plus du maître d’ouvrage et de l’architecte, un entrepreneur est également à la table immédiatement afin que l’on puisse élaborer un concept qui est directement réalisable sur le plan technique et financier, sans détours inutiles et perte de temps. De plus, l’analyse de données, les capteurs IoT sur les chantiers et l’utilisation de drones pour le monitoring assurent un suivi plus efficace et une meilleure sécurité, et les « jumeaux numériques » simplifient ultérieurement la gestion et l’entretien du bâtiment.

La tendance à favoriser de plus en plus le modulaire et la préfabrication consiste à déplacer physiquement des parties significatives du processus de construction du site, souvent imprévisible, vers des conditions d’usine contrôlées. Cela se traduit par une qualité plus élevée et mieux contrôlable, moins de déchets et moins de nuisances sur le chantier. Cela accélère surtout la réalisation de projets, ce qui est essentiel étant donné les besoins en matière de construction d’écoles, de centres de soins ou de logements. En outre, la construction modulaire simplifie le démontage ultérieur, ce qui favorise la réutilisation durable.

Cette évolution oblige le secteur à repenser l’utilisation des matériaux et les bâtiments comme des « banques de matériaux » pleines de composants précieux qui peuvent être réutilisés de manière circulaire lorsqu’un bâtiment arrive en fin de vie. Cela signifie qu’il faut s’engager dès la phase de conception pour des conceptions de longue durée, adaptables et démontables, en se concentrant au maximum sur la réutilisation et le recyclage des matériaux.

Enfin, des techniques innovantes stimulent une vaste gamme d’améliorations, telles que de nouveaux matériaux plus durables ou performants – pensez à l’isolation biosourcée ou au béton auto‑cicatrisant ou à faible teneur en CO₂ – mais aussi des méthodes de construction avancées comme l’impression 3D d’éléments structuraux ou l’utilisation de drones et de robots pour les tâches répétitives ou dangereuses.

Les grands investissements et fonds

Primes pour la rénovation énergétique

Comme environ 85 % des logements en Belgique ne répondent actuellement pas aux exigences énergétiques, il n’y a pas d’autre choix que de quadrupler les projets de rénovation et d’isolation énergétiques au cours des prochaines années pour rester sur la bonne voie. Les différents niveaux politiques en Belgique reconnaissent la nécessité de s’attaquer au parc de logements vieillissant afin d’atteindre les objectifs climatiques, de réduire les factures d’énergie et d’améliorer le confort et la santé des habitants. Les gouvernements régionaux ont mis en place des régimes de primes qui doivent accélérer les investissements privés nécessaires et les rendre financièrement plus accessibles à un large public.

Au niveau fédéral, on travaille à des mesures visant à mieux protéger le consommateur dans le secteur de la construction et on soutient la politique du Green Deal européen à travers des incitations à la rénovation. En maintenant la TVA sur les rénovations à 6 %, les rénovations restent fiscalement avantageuses. Le gouvernement fédéral prévoit également une réduction temporaire du taux de TVA à 6 % pour la fourniture et l’installation de pompes à chaleur afin de soutenir la transition énergétique.

En Flandre, la « Mijn VerbouwPremie » est un instrument central qui regroupe différentes primes antérieures pour les rénovations énergétiques. Le montant de la prime dépend du revenu du demandeur et du type de travaux.

Bien que le durcissement initial de l’obligation de rénovation visant l’étiquette A d’ici 2040 ait été assoupli vers un objectif d’étiquette D et que le délai ait été prolongé de cinq à six ans, l’obligation de rénovation pour les logements à mauvaise performance énergétique lors de leur transfert reste un moteur important d’activité de rénovation sur le marché privé. À partir de 2025, les droits d’enregistrement pour l’achat d’une habitation unique propre passeront de 3 % à 2 %, ce qui peut encourager l’achat de maisons à rénover.

En Wallonie, les droits d’enregistrement pour l’achat d’une maison à rénover diminueront également à partir de 2025, passant de 12,5 % à 3 %. Les primes d’énergie et de rénovation sont versées en fonction de l’état de la maison et pour un large éventail de travaux. Plus particulièrement pour les améliorations énergétiques, il existe des primes pour, par exemple, l’isolation, le remplacement des menuiseries extérieures, l’installation de systèmes de chauffage efficaces, de systèmes de ventilation et de sources d’énergie renouvelable.

Tout comme en Wallonie et en Flandre, les primes de la Région de Bruxelles‑Capitale couvrent un large éventail de travaux visant à améliorer les performances énergétiques et la qualité de l’habitat. Il existe en outre des mesures d’incitation spécifiques conçues pour les copropriétés, car la rénovation dans les immeubles d’appartements présente des défis très spécifiques.

Plans de relance et prêts pour la construction neuve

Pour élargir le patrimoine de logements sociaux, des prêts d’un montant de 6 milliards d’euros sont prévus en Flandre pour les années à venir. La Région wallonne a déjà dégagé ces dernières années des moyens considérables pour ce patrimoine, et ces efforts se poursuivent. Les plans d’investissement récents et les ressources provenant du plan de relance wallon (cofinancé par des fonds européens) définissent les projets pour les prochaines années, avec des volumes d’investissement considérables.

La Région de Bruxelles‑Capitale, avec son ambitieux plan Alliance Habitat, vise à augmenter de manière significative l’offre de logements sociaux et de classe moyenne d’ici 2030, avec des milliers d’unités supplémentaires. Le financement du plan Alliance Habitat est assuré par une combinaison de moyens régionaux, de soutien fédéral et parfois de fonds européens ou de partenariats public‑privé. La Région de Bruxelles‑Capitale prévoit chaque année un budget considérable pour le logement. Dans les budgets récents, il s’agissait de centaines de millions d’euros par an, dont une grande partie est spécifiquement réservée à la réalisation du plan Alliance Habitat. Les sociétés publiques immobilières peuvent emprunter à des conditions avantageuses auprès de la Région ou d’autres institutions telles que BNP Paribas Fortis, Belfius, etc.

Le vieillissement a également un impact considérable sur le secteur de la construction. Selon les prévisions, le nombre de plus de 80 ans passera à 638 000 d’ici 2030, contre 530 000 aujourd’hui. Ce changement démographique entraîne une demande accrue pour des formes d’habitat adaptées, telles que des maisons de repos et des logements assistés. Les autorités régionales soutiennent également l’adaptation des logements existants pour permettre l’habitation à vie. En Flandre, il existe la prime d’adaptation, avec un budget de plusieurs millions d’euros de subventions par an, qui doit activer un multiple d’investissements privés. La Wallonie et Bruxelles offrent également un soutien comparable via leurs primes de rénovation générales, avec des initiatives axées sur l’accessibilité.

L’Europe investit aussi dans l’infrastructure de mobilité

Une série de grands projets d’infrastructure sont en cours, axés sur la mobilité durable, l’adaptation au climat et le renouveau économique. Ils sont en grande partie financés par le Plan de Relance fédéral et des programmes de soutien européens tels que la facilité pour la reprise et la résilience (RRF), la Connecting Europe Facility (CEF) et des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Une grande attention est portée à la durabilité de l’infrastructure ferroviaire. Notamment avec des travaux d’électrification des lignes régionales qui doivent contribuer à un trafic ferroviaire plus durable. Un budget d’environ 300 millions d’euros est prévu pour ces travaux. En outre, la liaison Nord‑Sud de Bruxelles fait l’objet d’une rénovation en profondeur. Cet axe ferroviaire crucial bénéficiera d’une augmentation de capacité et d’une modernisation de la signalisation, avec un budget estimé à 500 à 600 millions d’euros, planifié jusqu’en 2032. Plusieurs grandes gares, dont Charleroi‑Sud, Namur et Gand‑Saint‑Pierre, seront également rénovées. Ces travaux, avec un budget restant estimé à 300 millions d’euros, visent à les rendre plus accessibles et à moderniser les infrastructures des quais.

Sur le réseau routier, la liaison Oosterweel à Anvers est le projet qui continuera de capter beaucoup d’attention dans les années à venir. Bien que les travaux aient déjà commencé depuis un certain temps, le tunnel sous l’Escaut, les nouveaux segments d’autoroute et la couverture de certaines parties du ring d’Anvers doivent encore être réalisés. Ce mégaprojet dispose d’un budget total de 4,5 milliards d’euros et est principalement financé par la Flandre, avec un soutien supplémentaire de l’UE via la BEI. Sur le ring de Bruxelles (R0), de grands projets sont également prévus du côté flamand, tels que la réaménagement et l’élargissement de certains segments et l’amélioration de carrefours complexes. L’Agence des routes et du trafic prévoit un budget d’investissement d’environ 1,5 milliard d’euros par an pour les travaux d’infrastructure, un montant qui constituera également la base pour de nouveaux projets et la poursuite des chantiers en cours sur les autoroutes et routes régionales dans les années à venir.

En Wallonie, le Plan Infrastructures 2020–2026 est central. Ce plan regroupe la rénovation des routes, des ponts, des tunnels et des raccordements ferroviaires avec un investissement prévu de 2,4 milliards d’euros. Les grands projets actuellement en cours ou prévus comprennent notamment la rénovation de l’E42 (Charleroi–Liège), la réaménagement du ring autour de Namur et la modernisation du réseau de bus du TEC avec une priorité pour les bus électriques et de nouveaux dépôts, pour un total de 340 millions d’euros.

La Région de Bruxelles investit fortement dans la mobilité urbaine et les infrastructures durables. L’extension de la ligne de métro 3, qui doit mieux relier le nord de la ville au centre, est l’un des plus grands projets d’infrastructure bruxellois des années à venir. Ces travaux sont en cours, avec un coût estimé à 2,3 milliards d’euros. En outre, la rénovation de tunnels tels que le tunnel Belliard et le tunnel Montgomery est abordée progressivement. Un budget de 500 millions d’euros est prévu pour cela jusqu’en 2030. Plus de 250 millions d’euros sont programmés pour la réaménagement de grandes artères urbaines – notamment l’avenue de la Toison d’Or, la rue de la Loi et la rue Royale – dans le cadre du plan Good Move. Bruxelles déroule en même temps le tapis rouge pour les cyclistes, avec 110 kilomètres de nouvelles pistes cyclables d’ici 2030 et un investissement d’environ 150 millions d’euros.

En ce qui concerne l’adaptation climatique des voies d’eau, la Flandre se concentre sur la poursuite de l’exécution du plan Sigma. Cela comprend, entre autres, à Bornem, Temse et dans la vallée de la Durme, la création de zones d’inondation contrôlées et l’élévation des digues pour mieux protéger la région contre les inondations. Un budget restant estimé à 700 millions d’euros est prévu pour ces travaux, en partie via le Fonds européen de cohésion. En parallèle, l’optimisation du canal Albert est en cours, avec un approfondissement supplémentaire du chenal et des ajustements des écluses, pour lesquels 100 millions d’euros supplémentaires sont alloués.

Dans le cadre d’infrastructures durables, des investissements numériques et verts sont également prévus. Ainsi, le gouvernement fédéral, en collaboration avec les régions, prévoit le déploiement de 30 000 points de recharge publics supplémentaires pour les véhicules électriques d’ici 2030, pour un investissement de 100 millions d’euros, dont 30 millions provenant du RRF fédéral. En outre, le système ERTMS, un système européen de sécurité ferroviaire, est déployé progressivement sur le réseau belge. Cette mise en œuvre, obligatoire d’ici 2040, représente un investissement de 2,4 milliards d’euros, dont 350 millions d’euros seront dépensés au cours des cinq prochaines années avec le soutien du programme CEF de l’UE.

En outre, la Flandre investit fortement dans les zones portuaires de Zeebruges et Gand, notamment avec la rénovation des infrastructures d’écluses (comme la nouvelle écluse maritime à Zeebruges, estimée à 1 milliard d’euros). L’infrastructure cyclable et piétonne reçoit également plus d’attention via le programme « Vlaamse Veilige Fietsroutes », avec un investissement prévu de 300 millions d’euros entre 2023 et 2026.

Le gouvernement wallon investit fortement dans des infrastructures adaptatives au climat, telles que la construction de bassins de rétention et le renforcement des digues fluviales, notamment dans les vallées de la Vesdre et de l’Ourthe, pour lesquelles un total de 250 millions d’euros est prévu en collaboration avec les fonds européens.

Investissements publics dans les énergies renouvelables

La Belgique vise à porter la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie primaire de 13 % en 2020 à 17,5 % d’ici 2030. Cette ambition se traduit par des projets et investissements de grande ampleur pour adapter l’infrastructure.

L’un des axes principaux est le développement de l’énergie éolienne offshore en mer du Nord. Notre pays est déjà un acteur majeur dans ce domaine et les plans prévoient une augmentation significative de la capacité. La « zone Princesse Élisabeth » au large des côtes accueillera de nouveaux parcs éoliens qui devront doubler la capacité offshore totale à environ 4,5 GW d’ici 2030 et ensuite s’étendre davantage vers 2040 et 2050. Les investissements proviennent à la fois des développeurs privés des parcs éoliens et du gestionnaire du réseau de transport Elia. Elia investit dans l’infrastructure de réseau nécessaire en mer et sur terre pour connecter et transporter toute cette électricité verte. Cela comprend notamment l’expansion du Modular Offshore Grid et la construction de nouvelles liaisons à haute tension vers l’intérieur du pays. Les investissements totaux s’élèvent à environ 6 à 7 milliards d’euros.

Les réseaux de distribution, gérés par des opérateurs régionaux tels que Fluvius en Flandre et ORES/Resa/Sibelga en Wallonie et à Bruxelles, nécessitent également des investissements considérables. Avec l’installation croissante de panneaux solaires et de petites éoliennes chez les particuliers et les entreprises, le réseau local doit pouvoir traiter l’énergie générée de manière décentralisée. Parallèlement, l’électrification croissante entraîne une demande plus élevée en électricité et une charge accrue sur le réseau. À partir de 2025, d’importants investissements sont prévus pour renforcer et digitaliser (smart grids) ces réseaux.

La Belgique mise également sur le développement d’une économie de l’hydrogène, considérée comme cruciale pour la durabilité de l’industrie lourde et du transport. Il existe des plans pour la construction d’un réseau central de transport d’hydrogène reliant les centres industriels et les ports, et cherchant à se connecter aux futures dorsales européennes de l’hydrogène. La première phase de ce réseau, souvent appelée la « Belgian Hydrogen Backbone », représente un investissement initial estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, avec des extensions potentielles qui augmentent ce montant à mesure que la demande et la production augmentent. Des entreprises privées prévoient également des investissements considérables dans des projets d’hydrogène, souvent avec le soutien du gouvernement via des subventions ou des programmes d’investissement tels que la partie fédérale et régionale du RRP.

Outre l’éolien, le solaire et l’hydrogène, des investissements intensifs sont réalisés dans le stockage d’énergie, tels que des systèmes de batterie à différents niveaux (résidentiel, commercial, connecté au réseau) pour absorber la variabilité de l’énergie solaire et éolienne et maintenir la stabilité du réseau.

Les marchés publics comme instrument stratégique

Dans le secteur de la construction, la phase d’appel d’offres est un point de départ crucial pour chaque projet de construction. Une exécution réussie commence par une offre solide, tandis que les expériences des projets précédents fournissent des informations précieuses pour les nouveaux appels d’offres. En regardant en arrière sur les résultats des projets – tels que le respect du planning, la satisfaction du client et l’efficacité – les entreprises de construction peuvent améliorer leur approche et soumettre des offres plus ciblées. Les donneurs d’ordre tirent également des enseignements de leurs expériences : ils adaptent les procédures d’appel d’offres pour favoriser la collaboration ou mieux ancrer la durabilité.

Pendant un appel d’offres, divers éléments sont évalués, comme le prix, la qualité, la durabilité, le planning et l’innovation. Cela signifie que les entreprises de construction doivent non seulement soumettre une offre de prix compétitive, mais aussi démontrer comment elles gèrent les risques, garantissent le planning et intègrent par exemple la construction circulaire.

Dans un contexte de changement climatique, de pénurie de ressources, d’urbanisation et de besoin de logements abordables et durables, les marchés publics et privés évoluent de simples transactions d’achat vers des instruments stratégiques. La phase d’appel d’offres oblige les entreprises à analyser le projet en profondeur dès le début et à faire des choix réfléchis. La manière dont un appel d’offres est formulé a une influence directe sur le déroulement du projet. Bien que le prix le plus bas et l’efficience des coûts restent importants, il y a un glissement vers des critères d’attribution plus larges qui récompensent des paramètres tels que la durabilité et l’innovation. Les acheteurs formulent de plus en plus leurs besoins en termes de performances et de fonctionnalités souhaitées, plutôt que selon des techniques ou des matériaux strictement prescrits. Cela ouvre la porte aux entreprises ayant des solutions innovantes. Les critères liés à la circularité, aux émissions de CO₂, à l’efficacité énergétique, à la gestion de l’eau et au retour social pèsent plus lourd dans l’évaluation, et les entreprises qui montrent de bons résultats peuvent ainsi compenser leur prix plus élevé.

L’attention accrue portée à la durabilité et à la responsabilité sociétale se traduit de plus en plus par des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) explicites dans les appels d’offres. Les entrepreneurs sont ainsi mis au défi de démontrer concrètement comment ils limitent leur impact environnemental, contribuent à l’inclusion sociale ou pratiquent une gouvernance responsable. Pour les acteurs plus grands, cela est généralement intégré dans leurs systèmes de reporting internes et leur vision stratégique, mais même pour les petits entrepreneurs, la nécessité de travailler de manière structurelle avec la durabilité augmente.

Pour étayer de manière crédible leurs performances, les entrepreneurs utilisent de plus en plus des outils standardisés tels que la CO₂‑Prestatieladder, la certification BREEAM, EMAS ou les déclarations environnementales de produits (EPD). Ces outils aident non seulement à rendre la durabilité transparente, mais sont aussi explicitement reconnus dans l’évaluation des appels d’offres. Pour les aspects circulaires, il existe des outils supplémentaires tels que l’outil Totem du gouvernement flamand, qui quantifie le profil environnemental des matériaux de construction.

Pour les PME, les coûts, le temps et le manque de connaissances constituent souvent un obstacle à l’obtention d’une certification formelle. Cependant, de plus en plus de trajets accessibles et de programmes de soutien – tels que des subventions pour les coûts de certification ou un accompagnement via des organisations sectorielles – émergent pour aider même les petits acteurs à bâtir un récit ESG. Concrètement, cela signifie qu’un entrepreneur local peut aussi se profiler par des actions mesurables : utilisation de matériaux recyclés, fournisseurs de circuit court, emploi social ou procédures claires en matière de sécurité de chantier et de tri des déchets. L’essentiel est de rendre les performances démontrables avec des indicateurs simples et une documentation, plutôt qu’avec des labels coûteux.

Les acteurs du secteur public expérimentent plus souvent des procédures telles que le partenariat d’innovation pour développer des solutions innovantes qui ne sont pas encore disponibles sur le marché. Des programmes tels que le programme flamand PIO (Programme innovant d’achats publics) soutiennent les autorités dans ce domaine et créent des opportunités pour les entreprises de co‑innover.

L’intention de recourir aux appels d’offres pour atteindre des objectifs sociétaux est clairement présente, mais cela ne se fait pas sans difficultés de croissance. L’intégration de critères de durabilité et d’innovation différenciés rend les appels d’offres plus complexes, tant pour le pouvoir adjudicateur, dans l’élaboration du cahier des charges et l’évaluation, que pour le soumissionnaire, dans l’élaboration de l’offre et la démonstration des performances. Toutes les autorités adjudicatrices ou acheteurs privés ne disposent pas aujourd’hui de l’expertise nécessaire pour pondérer correctement des critères ambitieux de durabilité ou d’innovation. Les acheteurs sont par ailleurs réticents à adopter de nouvelles solutions non éprouvées, ce qui signifie que les « technologies éprouvées » continuent d’être préférées malgré leur moindre durabilité.

Pour les entreprises qui veulent réussir dans ce nouveau paysage d’appels d’offres, la passivité n’est toutefois pas une option. En investissant dans la connaissance et l’expertise, par exemple en matière de construction durable, et en développant de manière proactive des solutions qui répondent aux défis sociétaux. En collectant des données et en rassemblant les performances en matière de durabilité de produits, de services et de processus, et en se présentant sur le marché comme un partenaire durable et innovant. Et surtout en prenant contact activement avec des acheteurs potentiels et en participant à des consultations de marché pour partager l’expertise et obtenir un aperçu des projets futurs. La plateforme e‑Procurement lancée en 2023 invite les entreprises à mettre en avant leurs capacités.

Au même moment, le SPF BOSA a également lancé un plan d’action visant à mieux impliquer les petites entreprises dans les marchés publics. Les PME peuvent désormais mieux exploiter l’avantage de leur agilité pour réagir plus rapidement à de nouvelles techniques innovantes ou à des solutions durables spécialisées. La législation sur les marchés publics encourage fortement la percelisation, c’est‑à‑dire le fractionnement de grandes missions en parties plus petites, thématiquement ou géographiquement définies.
Cela permet aux petites entreprises de soumissionner plus facilement sur un ou quelques lots, au lieu de devoir concurrencer l’ensemble, souvent gigantesque, de la mission. Pour les missions sous certains seuils, des règles administratives simplifiées s’appliquent en plus. Le législateur accepte désormais également que les exigences en matière de capacité financière et technique des soumissionnaires soient proportionnelles à l’ampleur et à la complexité de la mission spécifique. Cela signifie que les acheteurs ne peuvent pas exiger des chiffres d’affaires excessifs ou des projets de référence irréalistes qui ne peuvent être présentés que par de très grandes entreprises pour une mission relativement petite.

Et bien que la digitalisation obligatoire des procédures d’appel d’offres puisse initialement constituer un défi, la plateforme e‑Procurement rend les appels d’offres plus transparents et plus facilement accessibles. Les PME ne sont donc plus dépendantes de contacts locaux ou de publications dans des canaux moins accessibles.

Un frein aux perspectives de croissance ?

En dépit de ces perspectives encourageantes, il existe des obstacles qui peuvent affecter la reprise dans les années à venir. L’un des principaux points sensibles est le coût élevé des matériaux de construction et des installations techniques. Bien que certains prix des matières premières aient baissé depuis leur pic en 2022, les techniques d’installation – telles que les pompes à chaleur et les systèmes de ventilation – restent coûteuses. L’incertitude géopolitique, notamment l’instabilité en Ukraine et au Moyen‑Orient, continue de mettre la pression sur les chaînes d’approvisionnement internationales. En outre, de nouveaux droits d’importation sur l’acier, le bois et les panneaux solaires menacent d’alourdir encore le coût de projets innovants ou économes en énergie.

Les taux d’intérêt restent par ailleurs relativement élevés, ce qui renchérit les crédits hypothécaires. Pour les particuliers qui construisent ou rénovent, cela peut être une raison de reporter leurs projets. Parallèlement, il manque des informations claires et fiables sur les « meilleures » solutions de construction ou de rénovation, notamment avec des normes d’énergie et de circularité qui évoluent rapidement. Cette incertitude conduit à son tour à la procrastination. De nombreux entrepreneurs reçoivent ainsi moins de commandes ou voient des clients se retirer lors d’une révision des prix, alors que leurs propres coûts continuent d’augmenter. La marge pour répercuter des prix plus élevés diminue.

Un autre problème structurel est la lenteur et la complexité des politiques en matière de permis. Les maîtres d’ouvrage et les promoteurs immobiliers se plaignent de délais de traitement longs, de procédures de recours compliquées et d’une réglementation de plus en plus stricte, surtout en matière de mobilité, d’énergie et d’aménagement du territoire. En Flandre, l’obtention d’un permis d’environnement pour des projets plus importants peut facilement prendre de 18 à 24 mois. Des projets de quartier innovants et des formes de logement collectif sont ainsi freinés, alors qu’ils sont plus pertinents que jamais.

Enfin, la pénurie persistante de personnel techniquement qualifié fait que les entreprises de construction ont du mal à exécuter efficacement des projets innovants.

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